Le Massachussetts Institute of Technology (MIT) vient de finir de mettre en ligne gratuitement l’intégralité des 1800 cours qu’il offre. D’autres universités s’intéressent au projet et un débat sur la fonction de l’éducation supérieure est lancé.
Le MIT vient d’achever son ambitieux projet de rendre accessible gratuitement le contenu de tous ses cours (lectures, travaux, résumés de chaque séance, etc.). C’est en 1999 que le MIT – une des grandes universités américaines – a eu l’idée de se dupliquer sur Internet. À l’époque, l’université cherchait à se positionner sur le nouveau marché de l’éducation en ligne, mais arriva à la conclusion qu’il était impossible de reproduire sur la toile l’expérience d’apprentissage résultant du passage sur ses bancs. « Selon nous, l’expérience d’apprentissage, c’est surtout une question d’environnement et il est impossible de reproduire cela sur Internet », explique Steve Carson, directeur des relations externes de l’OpenCourseWare (principal projet pédagogique en ligne de l’institution).
Le MIT désirait contribuer à la création d’un espace éducatif sur Internet. Le développement de la plate-forme de diffusion OpenCourseWare était, pour l’université, la meilleure option. « L’échange ouvert d’informations est une des valeurs centrales du MIT. En rendant notre contenu disponible, nous avons trouvé un créneau qui nous représente tout en contribuant à l’amélioration de l’éducation autour du monde », poursuit M. Carson. Rapidement, le projet a entraîné des retombées intéressantes : 85% des professeurs utilisent le site pour savoir ce qu’enseignent leurs collègues dans le reste de l’université, et 95% des étudiants l’utilisent pour choisir leurs cours ou pour mieux comprendre la matière vue en classe en la comparant à celle présentée dans d’autres cours.
Au MIT, on ne s’inquiète pas outre mesure des conséquences de la mise en ligne de tous ces cours. « Le monde de l’éducation a plus besoin de coopération que de compétition, souligne M. Carson, de plus le MIT n’est pas la seule institution à produire de la connaissance. » Plusieurs autres universités se sont jointes au projet, faisant augmenter considérablement l’information disponible pour l’ensemble des étudiants. « C’est un exemple classique d’effets de réseau. On met de l’information en ligne à travers OpenCourseWare, d’autres en mettent aussi et, finalement, tous voient un intérêt à alimenter la plateforme », souligne M. Carson. De plus, comme les universités participantes proviennent de différents pays comme le Brésil, le Vietnam ou la République islamique d’Iran, le projet permet aux étudiants d’avoir « une vision interculturelle de la connaissance ».
Henry Jenkins, directeur du département de CMS [Comparative Media Studies] au MIT, pense que l’université ne va pas assez loin. « Le MIT n’a pas une position assez forte sur le fair use [voir encadré]. Pour l’instant, le MIT est timide sur la question et a adopté une position assez légaliste. » Selon lui, l’intérêt de partager de l’information relève du fait que la personne la recevant peut en faire ce qu’elle veut, pas seulement l’utiliser telle quelle et en citer la source. « Un livre prend de la valeur pour un lecteur lorsqu’il peut l’annoter et le comparer avec d’autres documents. Pourquoi devait-il en être autrement avec du contenu numérisé ? »
Le professeur ne s’étonne pas que plusieurs universités voulant reproduire une plateforme comme YouTube en soient incapables. « Ces universités cherchent à contrôler le flot de la connaissance plutôt que de le faciliter. » Reste à savoir quelle est la fonction de l’université : produire des ouvrages de référence – ici, la vérification selon des critères bien établis est cruciale – ou un espace d’investigation, de délibération et de discussion – le propre d’une plateforme ouverte .
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